mardi 20 février 2018

Jean Teulé "Entrez dans la danse"








Jean Teulé, auteur de bandes dessinées, chroniqueur à la télé, scénariste, romancier et pour la petite histoire il est depuis quelques années, le compagnon très discret de la comédienne Miou-Miou 

J'ai lu quelques livres de J.Teulé, le premier "Darling" et deux ou trois autres, mon préfèré "Le Montespan" j'avais adoré l'histoire de ce cocu magnifique, la couverture du livre raconte l'histoire


Lire Jean Teulé c'est accepter de rentrer dans l'histoire sans être choqué, sinon il vaut mieux éviter, le langage est quelquefois cru, il n'aime pas les curés, une écriture originale. Une culture extraordinaire, on apprend beaucoup.

Pour écrire "Entrez dans la danse" il s'est inspiré d'une histoire vraie, la folie s'empare des habitants des quartiers pauvres, les gens dansent, se trémoussent sans arrêt dans les rues, nous sommes en 1518, la famine règne à Strasbourg, plus d'eau, Enneline noie son enfant tout juste né, elle n'a plus rien pour le nourrir, l'infanticide rentre chez elle complètement accablée et son mari lui dit :
"Enneline, en ces temps où le malheur et le poil poussent davantage que l'herbe, tu n'avais plus de lait. On n'aurait pas pu le nourrir. Et puis c'est mieux que de l'avoir mangé comme d'autres le font" Top, top, top, top...
"Enneline ne répond rien. Les fesses sur un banc, près d'une presse de graveur, elle  tapote longuement en rythme, du bout des ongles, le rebord de l'appareil à imprimer -top, top, top -puis se lève..."
La danse commence dans la rue, ils sont de plus en plus nombreux à danser jour et nuit, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la mort.
Le maire de Strasbourg ne sait plus à quel saint se vouer, il demande à l'évêque d'ouvrir ses greniers, de ne plus s'enrichir sur le dos des pauvres, en vain..L'évêque est plein de morgue, méprisant, comme ces bourgeois bien gras qui ne supportent pas les affamés qui dansent.
"Allez-vous, vider vos couvents regorgeant de victuailles, bière, blé, et enfin les offrir pour assurer la subsistance de la population, Monseigneur ?"
Il raconte aussi l'arrivée de Luther, annonciateur du protestantisme, l'évêque ne veut pas y croire. 
Cinquante quatre-ans plus tard, c'était la Saint-Barthélémy.


La force de Teulé est de toujours mettre une touche d'humour dans le récit, de raconter cette "teuf" géante avec ses mots, sans que nous n'ayons jamais envie de refermer le livre. Un vrai talent de conteur pour nous faire revivre cette tragique période du début de la Renaissance. J'entendais les sabots battre les pavés de Strasbourg, top, top, top, top.

Enneline et Melchior sont vraiment émouvants, ils s'aiment, la dernière phrase de Melchior à la fin du livre :
"Plus de rythme Enneline. Je ne sais pas comment on va s'y prendre mais on s'en sortira"

Il a enfin plu sur Strasbourg.

J'ai aimé lire ce roman qui n'est pas tout à fait un roman, l'érudition de J.Teulé est éblouissante;
Je ne peux pas le conseiller, c'est à vous de juger, il peut vous irriter, vous pouvez ne pas y croire, c'est pourtant ce qui est arrivé aux habitants de Strasbourg en 1518.

Bye MClaire.

mardi 13 février 2018

"Les oubliés du dimanche" Valérie Perrin




Valérie Perin, photographe, dialoguiste, scénariste, compagne de Claude Lelouch, une jolie plume, son premier roman est une réussite, elle doit en publier un nouveau fin février, à suivre.

Nanou a prêté ce roman en me disant "Tu verras en le lisant tu penseras à ta petite fille qui travaille dans une maison de retraite" Points communs entre Laura et Justine l'héroïne du roman : la disponibilité, la gentillesse, la tendresse pour les personnes âgées, la bienveillance. Laura travaille aux "Magnolias" Justine aux "Hortensias" Laura rend visite à sa grand-mère Odette qui a l'Alzheimer et qui vit aux Magnolias, Justine a une tendresse particulière pour Hélène qui elle a toute sa tête..
Ce livre est tendre, mélancolique, drôle, j'ai eu beaucoup de plaisir en le lisant, l'écriture est moderne, Justine s'exprime comme tous les jeunes, elle a vingt-et-un ans, vit encore chez ses grands-parents avec son cousin Jules, leurs parents sont morts dans un accident de voiture, Christian et Alain étaient jumeaux, Annette la femme d'Alain était suédoise, elle était blonde, lumineuse et sans scrupules..Jules est son fils.

Justine s'occupe d'Hélène, une vieille dame qui a quatre fois son âge, elle lui raconte sa vie et Justine l'écrit dans un cahier bleu pour le faire lire à la famille d'Hélène lorsqu'elle ne sera plus là. Deux histoires cohabitent dans le roman, celle de Justine et celle d'Hélène.

Hélène : elle ne sait pas lire, personne n'avait jamais détecté sa dyslexie, elle sait coudre, confectionnera la robe de mariée d'Angèle, ira à son mariage et à cette occasion fera connaissance de Lucien qui tombera immédiatement amoureux de cette femme surprenante qui prie pour que Dieu lui apprenne à lire "LIRE, MOI, LIRE, MOI..A LIRE, APPRENDS-MOI A LIRE, APPRENDS-MOI A LIRE"
Lucien connaît l'écriture braille, son père est aveugle, il apprendra le braille à Hélène.Lucien est très amoureux, Hélène un peu moins mais elle lui est tellement reconnaissante de faire des efforts pour qu'elle apprenne à lire, elle lui donnera de la tendresse, ils vivront ensemble après un simulacre de mariage, ils n'auront pas d'enfant, tiendront un bistro à Milly (Bourgogne) jusqu'à la guerre...Leur monde explose, le monde explose.

Justine : Justine a sauté une case, elle a grandi avec le troisième âge, elle danse au "Paradis" la discothèque du coin, roule des pelles alcoolisées au sexe opposé, couche de temps en temps avec un garçon dont elle ne connaît pas le prénom, veut vivre insouciante, elle a perdu cette insouciance le jour où ses parents se sont tués sur la route.
Elle passe ses dimanches au cimetière du village pour mettre des fleurs propres sur les tombes.
Sa mémé s'occupe bien d'elle mais elle n'a jamais su montrer sa tendresse, fille de ferme, aînée de sept enfants, elle savait tout faire, tout sauf embrasser.
"Mais à la naissance de ses petits-enfants, quelque chose d'amoureux s'était passé, une certaine magie avait opérée. Pour un peu, elle les aurait caressés."
Et il y a Armand, le grand-père qui roule les R, taciturne, assis toujours à la même place lorsqu'il est à table, Armand qui a choisi Eugénie parce qu'elle était de ces femmes qui ne posent pas de questions, "De ces femmes qui n'emmerdent pas les hommes".
Dans les familles les plus simples se cachent quelquefois des lourds secrets, des secrets que Justine découvrira sans les révéler à Jules...
"Il faut toujours mettre de la vérité dans ses rêves ou le contraire"

Justine écoutera les doléances des anciens, les injures quelquefois, le réfectoire est une cour de récréation, c'est là que les résidents règlent leurs problèmes, le dimanche il y a ceux qui repartent dans leur chambre en attendant des visites ou pour ne pas rater Michel Drucker et il y a ceux qui n'ont jamais de visites, les oubliès du dimanche, jusqu'au jour où des mystérieux appels téléphoniques avertissent la famille que leur mère ou père est mort, mensonge, ils arrivent aussitôt et découvrent qu'il est bien vivant. Qui passe ces coups de téléphone ?

Justine attend la visite de Roman, le petit-fils d'Hélène, le beau Roman..

Je n'en raconte pas  plus...

J'ai aimé cette histoire pleine d'humanité, sensible, j'ai aimé l'humour de Justine lorsqu'elle se moque gentiment de sa grand-mère, une maison surchauffée où les toasts de Noël qu'ils devraient manger froids sont chauds etc...
Les anecdotes des Magnolias
"Ce qui me désole, c'est quand je les vois s'entasser à l'accueil dès 10 heures du matin et fixer les deux portes principales de l'entrée qui s'ouvrent et se referment.
Ils attendent." C'est vrai.

J'ai essayé de comprendre Armand, sans l'aimer vraiment.
-Elle était lumineuse.. J'aulais pu m'en selvil pour m'éclailer..Elle aimait les gens qui font des phlases coultes."

J'ai aimé Hélène et sa mouette, Lucien qui a perdu la mémoire à la guerre mais qui continuera à l'adorer "comme si une sous-couche émotionnelle de son cerveau l'avait gardée en mémoire"

Je sus sûre que vous aimerez ce bouquin qui est publié en poche, un très beau moment de lecture.

Bye MClaire.


lundi 5 février 2018

Anne Bert "Le tout dernier été"


J'ai lu le nom d'Anne Bert pour la première fois sur Internet, elle venait de mourir en Belgique, elle avait choisi le jour de sa mort, Atteinte de la maladie de Charcot, maladie inguérissable, tous les jours la maladie emmurait son corps un peu plus, elle voulait mourir dignement, la Belgique autorise l'euthanasie, des "passeurs" s'occupent de vous quelques mois avant la date choisie, vous téléphonent régulièrement pour vous dire que vous avez toujours la liberté de changer d'avis, ils vous accompagnent jusque la fin.
" Je viens de rencontrer mes passeurs. Ces hommes qui font désormais partie de ma vie puisqu’ils vont m’aider à la quitter.
Je les ai sentis rigoureux, exigeants, prudents. Et engagés à me tendre doucement la main. Une autre médecine qui, quand elle ne peut plus soigner le corps, se décide à soigner l’âme. »
Je connaissais très peu cette maladie, jusqu'au jour où une joueuse de mon club a annoncé que son mari était atteint, j'ai appris au cours des mois tous les ravages qu'elle provoquait jusqu'à l'issue finale. Une maladie terrible qui vous rend complètement dépendant des autres.

En lisant ce livre l'émotion nous étreint sans cesse mais Anne Bert paraît tellement sereine, ce n'est pas du tout larmoyant, tout nous amène à nous poser des questions sur la fin qui est inéluctable, faut-il nous faire soigner sans espoir? Faut-il autoriser la médecine décider à notre place?

Anne Bert a juste voulu nous faire partager ses derniers mois, ses dernières joies, une femme qui adorait la vie, aimait l'amour, ceux qui l'entouraient, son mari, ses enfants, ses amis, la douceur de la Charente Maritime, sa ville, Saintes. Elle décrit merveilleusement la nature, les petits matins, Ce n'est pas une sainte, il lui arrive d'être très en colère intérieurement lorsqu'elle voit les autres bouger, jouer au ping-pong, faire du vélo, elle a des impatiences. Le goût des dernières fois
Elle sait qu'après elle tout continuera d'exister, nous disparaissons, mais rien ne disparaît.
Le passage où elle décrit "le grand ménage" dans son bureau, dans sa chambre, est très émouvant, elle ne veut pas obliger ses proches à le faire, rentrer dans son intimité "elle prépare un voyage sans valise"

"Je n'ai pas pu me payer le luxe de me gaver de vie. Mes incapacités et ma dépendance me bouffent. Mon corps me boulotte...
Alors je baisse les bras, au propre comme au figuré, et ma douleur existentielle est indicible."

Elle restera digne jusqu'à la fin, à aucun moment elle ne critique la législation française qui interdit l'euthanasie. Nous pouvons militer pour le droit de mourir dans la dignité, nous pouvons choisir un pays qui l'autorise.

Un très beau livre lu en quelques heures mais qui restera longtemps présent dans notre mémoire. J'avais le ventre noué en le refermant. J'ai écouté "Anne wants to dance", je ne connaissais pas, elle l'écoutait en boucle.

Bye MClaire.



mercredi 31 janvier 2018

Delphine de Vigan "Les loyautés"
















Vous préférez le livre papier ou la tablette ? J'aime le livre, le vrai, celui que nous pouvons sentir, toucher.

Est-ce que j'ai aimé lire "Les loyautés" ? 

Je lis Delphine de Vigan depuis la publication de "No et moi" en 2007, très beau roman, j'ai aimé tout autant les suivants Là, je reste dubitative, j'étais happée par l'histoire et je ressentais un sentiment dérangeant. Zola moderne, tout y est, l'alcoolisme, les méfaits d'internet, le divorce des parents, le chômage, la lenteur de l'Education Nationale qui est incapable de traiter rapidement le cas d'un enfant en danger, il faut rester dans les rails, l'emprise d'un être sur un autre plus faible.
Roman noir et la fin ne nous rassure pas, à nous d'imaginer.
L'écriture aussi est légèrement perturbante, ce sont des petits chapitres, les adultes, Hélène et Cécile racontent à la première personne, les enfants, Théo et Mathis à la troisième personne. 

L'histoire :
Le personnage principal Théo est un enfant, 12 ans, parents divorcés, la mère n'a jamais admis que son mari la quitte, la garde est alternée et chaque retour de Théo après une semaine passée chez son père est un vrai supplice pour l'enfant, il doit faire profil bas et répondre le  plus brièvement possible aux questions de sa mère. Il a appris à regarder le bout de ses chaussures.
Théo a un copain Mathis qui vit dans une famille normale, papa, maman, petite soeur et Mathis, sauf que papa mène une double vie devant son ordi. Cécile la mère fera une découverte qui bouleversera les belles apparences.
Mathis admire Théo, il l'accompagnera dans ses dérives, boira en cachette la bouteille que Théo lui tend, jusqu'à l'ivresse.
Un jour Mathis sera obligé de ramener Théo ivre chez son père et il découvrira horrifié le quotidien de l'enfant et la déchéance du père qui ne travaille plus, au bout de ses droits. Théo ne l'a jamais dit à personne, Théo n'a jamais dit qu'ils devaient se nourrir avec 20 euros pas semaine, sa mère aurait exigé que l'enfant ne rejoigne plus son père.

Hélène est professeure, elle a un sérieux doute en observant Théo et Mathis, mais elle ne doit pas dépasser le cadre de l'enseignement, la vie privée des enfants est zone interdite.
Hélène a aussi des comptes à régler avec son adolescence, avec sa famille, ce qui la rend plus sensible aux fêlures des autres.

Vous lirez la suite de ce petit roman, vite lu en quelques heures.

Je l'ai lu sans ennui, j'avais envie de savoir. J'étais très mal à la fin du livre, la détresse des enfants me touche toujours, pour moi l'enfance est sacrée. Je n'ai jamais souffert lorsque j'étais une enfant, une des raisons de mon malaise en refermant ce livre? L'histoire est douloureuse, je reconnais le talent de Delphine de Vigan, elle explore très bien les traumatismes des personnages, des préados, pour moi c'était un peu trop  . Vous aurez peut-être un autre jugement.
Les parents divorcés qui liront ce livre se sentiront concernés, en aucun cas l'enfant doit être l'arbitre des conflits.

Les loyautés.
"Ce sont les lois de l'enfance qui sommeillent à l'intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves "

Bye MClaire.


jeudi 25 janvier 2018

"Eleanor Oliphant va très bien" Gail Honeyman




Je n'étais vraiment pas partie pour acheter ce roman avec mon bon cadeau Fnac, j'avais longuement hésité en feuilletant celui de Delphine de Vigan "Les loyautés" -Non, pas aujourd'hui, une autre fois, j'ai bien fait Michelle l'avait et hier nous avons fait circuler nos livres au club de scrabble, ce sera ma prochaine lecture.
Je n'avais lu aucune critique, je ne connaissais pas l'auteure et pourtant un truc se passait, j'étais certaine qu'il allait me plaire. Il m'a plu, beaucoup plu, en général je ne lis jamais le soir, j'ai lu jusqu'à 23 h, plongée dans cette histoire singulière, ce livre ne ressemble à aucun autre.

L'histoire :

Eleonor est une jeune femme trentenaire, elle travaille dans un bureau, communique très peu avec ses collègues, solitaire, dit ce qu'elle pense, ne comprend pas toujours les réactions des gens qu'elle côtoie et pense une fois pour toute qu'il vaut mieux être seule que mal accompagnée.
Eleanor peut être drôle dans ses réflexions, très intelligente, elle est juste un peu décalée, le genre à se rendre chez le médecin pour un mal de dos et d'annoncer tranquillement au docteur qui lui pose la question ;
-Quelle est la cause de votre douleur au dos, selon vous, mademoiselle ?
-Je pense que ce sont mes seins, docteur.
-Vos seins ?
-Oui, je les ai pesés, vous voyez, et ils frôlent les trois kilos, c'est le poids des deux, pas d'un seul...
-Je veux dire que, si je vous scotchais trois kilos de chair en plus sur le torse et que je vous obligeais à marcher avec toute la journée, vous auriez mal au dos, vous aussi, n'est-ce pas ? ..
-Comment...avez vous fait..pour ?
-Une balance de cuisine. J'en ai juste pesé..un...dessus.Je n'ai pas pesé les deux, j'ai supposé qu'ils devaient faire à peu près le même poids...
C'est un passage drôle, mais il n'y a pas que ça..

Son visage est parfait lorsqu'elle présente un profil, l'autre profil fait apparaître une cicatrice disgracieuse, une brûlure mais personne ne connaît son origine, un accident ?
Eleanor noie ses démons dans la vodka, seule chez elle. Pas d'imprévu dans sa vie, mais rien n'est jamais définitif, il y a les mécanismes du destin, un soir après avoir assisté à un concert (un billet gagné à une tombola) elle tombe raide amoureuse du musicien et fera tout pour le rencontrer...
elle décide de changer certaines choses à son existence et pense que cela pourrait faire plaisir à "maman" qui lui téléphone chaque mercredi pour distiller son venin..
Raymond, l'employé qui s'occupe de l'informatique dans la boîte où elle travaille fera irruption dans sa vie. La bonté de Raymond touchera Eleanor qui comprendra qu'un véritable ami est quelquefois nécessaire.
Eleanor a enfoui un lourd secret;;;

Je ne raconte plus rien...

J'ai tout aimé; L'histoire touchante de cette jeune femme qui est à la recherche de son identité est remarquablement écrite, l'auteure nous amène doucement à sa reconstruction;
La fin du livre est optimiste, il y a toujours de l'espoir, on peut aimer les autres même si le parcours d'une vie a souvent été tragique.

Mon coup de coeur a été pour Raymond, Eleanor lui trouve tous les défauts physiques, des sales habitudes mais quel homme ! Gentil, généreux, dévoué, attentif, sachant écouter, l'ami parfait, ami, ami ? J'aimerais tellement qu'il devienne autre chose qu'un ami, mais je ne suis pas l'auteure du roman !!

Je vous recommande de faire la connaissance d'Eleanor, vous ne vous ennuierez pas en sa compagnie. Ce livre est vraiment une pépite.

Bye MClaire.



mardi 16 janvier 2018

La librairie de l'île - Gabrielle Zevin







Merci à Nanou pour le prêt de ce livre. Belle découverte, je ne connais pas du tout cette écrivaine, la quarantaine, diplômée de Harvard, écrivaine et scénariste, elle vit au U.S.A. J'ai lu qu'elle avait déjà beaucoup publié, avec succès. Nanou a mis le livre dans mes mains en me disant "Je suis certaine que tu vas aimer" J'ai aimé.
Livre publié chez Pocket, 279 pages, je l'ai lu en deux jours, l'histoire est belle, le libraire est attachant, Maya la petite fille délicieuse, les livres sont le sujet principal du bouquin, les personnages ont tous quelque chose de touchant.

L'histoire :

A.J Fikry exerce l'un des plus beaux métiers du monde, il est libraire, la librairie lui appartient, elle est située sur l'île Alice, côte est des Etats-Unis, il faut prendre un ferry qui part de Hyannis, c'est ce que s'apprête à faire Amelia qui travaille dans l'édition, elle est nouvelle dans le métier et doit visiter un client A.J pour lui présenter les dernières parutions de sa maison d'édition. Elle sait que le client est très exigeant, l'accueil n'est pas chaleureux, A.J ne la connaît pas et n'est pas d'humeur à l'écouter, elle insiste, lui demande ce qui lui plaît, il répond "Ce qui me plaît, répète t-il avec répugnance, et si je vous parlais plutôt de ce qui me déplaît. Je déteste les fictions post-modernistes, ou post-apocalyptiques, les narrateurs,post-mortem, ou le réalisme merveilleux...Je déteste les ouvrages hybrides, les livres de genre type polar ou fantastique. La littérature devrait rester la littérature, et les genres des genres. Les mélanges donnent rarement de bons résultats......." la liste s'allonge.
Amélia rougit, très en colère, elle déteste cette agressivité.
Il avoue tout de même avoir un faible pour les nouvelles. Ouf ! Elle n'a qu'un livre à lui proposer.
 Cette rencontre sera la première d'une longue série, le libraire est veuf, sa femme est morte dans un accident de voiture, il tombera sous le charme d'Amelia qui est un peu plus jeune que lui, 10 ans.

Depuis son veuvage, A.J a l'habitude de boire plus qu'il ne faut, un matin il se réveille avec une bonne gueule de bois, mais un exemplaire rare de "Tamerlan et autres poèmes" d'E.A Poe a disparu, il l'avait sorti de sa vitrine verrouillée et ne se souvient plus de la suite, ivre. Il comptait le vendre si ses affaires continuaient à péricliter.

Le livre a disparu, mais une surprise l'attendra, une petite fille de deux ans a été déposée dans la librairie, un mot écrit par la maman est agrafé sur le torse de la peluche Elmo, la maman est au bout du rouleau, elle ne peut plus s'occuper de sa petite fille, elle lui confie l'enfant et tient à ce que son enfant grandisse entourée de livres. Elle s'appelle Maya.
On retrouvera la maman morte, échouée sur une plage de l'ïle. Le papa n'a pas voulu assuré sa paternité...
Maya se révélera être une enfant adorable, grande lectrice, intelligente, A.J tombera sous le charme, il l'adoptera.

A vous de lire la suite. 

J'ai aimé tous les personnages, Ismay sa belle-soeur, mariée à un écrivain, malheureuse d'être si souvent trompée.
Le policier Lambiase, qui essaie de lire mais ne lit jamais le bouquin qu'il faut, mauvaise littérature aux yeux de A.J.
Amelia, jeune femme pleine d'humour, elle finira par céder, ils ont tant de points en commun.
Maya la petite fille qui se cache dans un coin de la librairie pour dévorer tous les livres qui lui plaisent, ils sont là à sa portée, elle n'a qu'à tendre la main.
J'ai détesté Daniel l'écrivain, seul un livre a eu du succès, il court après la célébrité. Daniel a toujours rendez-vous avec des gens de Los-Angeles, dit avoir appâté des gens du cinéma, mais aucun d'eux n'a encore mordu à l'hameçon.
Il ne faut surtout pas confondre l'écrivain et le roman qu'il a écrit, l'homme peut être décevant.

Et évidemment j'ai adore A.J, ce libraire qui aime avec passion les livres, sait conseiller ses clients.

J'ai aimé l'intrigue, il y a une intrigue...

Il y a des pages écrites avec beaucoup d'humour, j'ai souvent eu envie de rire, mais j'ai aussi laissé quelques larmes couler à la fin du livre. La vie peut nous réserver de très beaux moments lorsque nous pensons que tout est terminé, il faut savoir les déguster, la fin du roman est triste mais en même temps pleine d'optimisme. Il y a le meilleur, le pire et le meilleur peut encore surgir. La vie, la lecture, les livres peuvent nous sauver.

Je vous recommande ce roman en livre de poche, un vrai délice. Je vais essayer de me procurer d'autres livres de cette écrivaine.

François Cavanna disait "La lecture emplissait tous les interstices de ma vie. A peine éveillé, je tâtonnais de la main vers le livre, comme un fumeur vers ses clopes"  Je comprends..   Bye MClaire.




mercredi 10 janvier 2018

Chanson de la ville silencieuse - Olivier Adam



J'ai lu pratiquement tous les livres d'Olivier Adam, un écrivain particulier, je peux comprendre que vous puissiez ne pas l'apprécier si vous aimez les livres gais, optimistes. Il est mélancolique, un peu torturé, l'enfance et les douleurs familiales sont souvent les sujets principaux de ses livres.
"Chanson de la ville silencieuse" est le titre d'une chanson de Dominique A. un chanteur rare.
Un livre lu très vite, pas épais mais dense en sentiments.
Une fille à la recherche de son père, rock-star, adulé, qui a choisi de se retirer au fin fond de l'Ardèche après une vie intense où l'alcool, la drogue, les copains faisaient partie de son quotidien. 
Il a eu sa fille avec un mannequin, vaguement artiste, qui mène une vie dissolue, une enfant qui s'élève seule, se prépare le matin pour aller à l'école sans l'aide de personne, marche dans les traces de ses "amies" accompagnées par leurs parents, une petite fille invisible, transparente, personne ne s'occupe d'elle, une petite fille solitaire qui assiste à la défonce de sa mère, à son goût pour l'alcool, à la présence des amants qui défilent, assiste à la dérive de sa mère qu'elle n'appelle jamais maman.
Son père lui rend quelquefois visite, l'amène avec lui pour passer un week-end, mais la présence de l'enfant l'encombre, les paroles sont rares, il l'appelle Oiseau. Un jour pourtant il se décidera à amener l'enfant loin de cette mère irresponsable, elle ira habiter cette grande maison retirée, loin de tout, un couple Paul et Irène gère la maison, ils s'occuperont d'elle, lui donneront un peu d'affection. Pour le première fois de sa vie, adolescente, elle aura une amie Clara avec qui elle partagera tout.
Elle est la fille du chanteur "qui grandit sans souvenirs d'enfance". Fragile, émouvante.
Antoine Schaeffer, le chanteur, décidera de tout abandonner, il vivra reclus dans cette maison, loin du star system, n'accordera plus d'interviews, sa chambre a toujours les volets fermés, il s'entichera d'un ermite qui vit sur le versant de la montagne et un jour décidera de disparaître, bouteilles de whiskys vides, plaquettes de médicaments, carte de crédit, papiers abandonnés dans la voiture qui est garée sur la berge du fleuve, ses santiags posées sur la rive, tout fait penser à un suicide, on ne retrouvera pas le corps.
Beaucoup plus tard, une ancienne photo prise dans les rues de Lisbonne, fait penser à sa fille que cet homme qui chante aux terrasses des bars est peut être son père, elle part à sa recherche, parcourt les rues de Lisbonne....Son père ou un fantôme....
Je vous laisse lire la suite.

J'ai aimé : L'écriture musicale d'Olivier Adam, à la fin du roman il donne les noms de ses références musicales. Nous ne savons jamais avec certitude qui a inspiré ce livre, un mélange de Nino Ferrer, de Renaud, j'ai pensé à Jean Ferrat qui avait décidé de vivre loin de Paris, mais non, ce personnage ne lui ressemble pas du tout, vraiment pas, il avait la célébrité mais savait gérer sa vie. Nino Ferrer s'est suicidé, il venait de perdre sa mère, Renaud a plongé dans l'alcoolisme.
J'ai aimé la description de Lisbonne, une ville que nous avons aimée, ses immeubles penchés aux fenêtres obstruées qui côtoient des boutiques mondialisées, cette ville qui s'ouvre sur le fleuve, le quartier de l'Alfama.

J'ai aimé ce passage :
"Dévoré. La scène, m'avait-il avoué un jour s'est ce donner en pâture. Littéralement. Se donner soi sans carapace. Les acteurs jouent un rôle. Les chanteurs peuvent essayer de le faire croire. Mais c'est du flan. Il n'existe aucune discipline où on se fait bouffer à ce point. Les plasticiens. Les écrivains restent derrière leurs bouquins. Les comédiens derrière leurs rôles. Les metteurs en scène ne sont pas sur scène. Les réalisateurs sont rarement dans la salle. Tous, ils vendent autre chose qu'eux-mêmes.....Dans aucune autre forme d'art on avance à ce point nu, vulnérable. Le chanteur sur scène c'est un don brut. Primitif. Un truc de cannibale."

C'est sans doute l'explication de tous leurs excès.

"Depuis mon enfance j'ai rencontré tellement d'artistes. De chanteurs, de comédiens, puis d'écrivains. Et je les ai toujours trouvés en deçà de leur musique, de leurs films, de leurs livres."

J'ai aimé cette fille qui reste incroyablement lucide, sans rancune et qui cherchera enfin à devenir ce qu'elle devrait être vraiment, une femme qui peu à peu se délivrera des fantômes..

Vous pouvez le lire si vous appréciez Olivier Adam, j'ai dévoré ce roman.  Bye MClaire