samedi 19 mai 2018

"Le lambeau" Philippe Lançon




509 pages. Philippe Lançon avait autre chose à écrire sur la tuerie de Charlie, il en parle beaucoup, c'est le fil conducteur de ce livre mais ce bouquin est aussi très littéraire. Il aurait pu n'être qu'un témoignage, quelques pages pour raconter l'horreur, ses souffrances, ce n'est pas le cas.
L'éditeur ne devait pas s'attendre à un tel succès, il était introuvable dans de nombreux endroits, j'ai acheté le dernier chez Leclerc-culture (je ne commande jamais mes bouquins sur internet).

Ce livre devrait obtenir de nombreux prix cet automne, il est exceptionnel. 

L'auteur est un survivant de la boucherie chez Charlie. Il avait 51 ans. J'avais retenu les noms des nombreux morts, pas le sien, il était blessé, j'ai découvert un homme détruit dans sa chair, le bas du côté droit de son visage complètement arraché par les balles, les blessures les plus graves, son corps a aussi été touché. Il n'a jamais perdu connaissance après les coups de feu, a eu le temps de voir ses amis du journal touchés à mort, Bernard Maris à un mètre de lui, couché sur le ventre, la tête explosée, il aimait Bernard, Cabu fan de jazz était en train de regarder un livre et une photo d'Elvin Jones. Tignous s'énervait une fois de plus en critiquant l'Etat qui laissait dériver les populations des banlieues, Wolinski dessinait des jolies jeunes femmes nues, sourire aux lèvres. Il avait eu le temps de voir les jambes des tueurs cagoulés. Philippe Lançon s'apprêtait à partir pour rejoindre Libération, une minute trop tard.

Nous retrouvons l'auteur à la Pitié-Salpêtriére, il y restera deux mois et 6 mois à l'hôpital des Invalides avec des allers-retours entre les deux, lorsque l'orostome ne voulait pas se boucher. 
Au moment du drame il était amoureux de Gabriela, Chilienne qui vivait à New-York, danseuse classique. Il avait divorcé quelques années plus tôt de Marilyn, Cubaine, mariés dix ans, elle voulait un enfant, les fives échouaient. Elle sera là pour le soutenir, l'amour n'est plus là mais il reste ces dix ans de vie commune.
Les parents de Philippe Lançon seront là, 80 ans, toujours à ses côtés, effondrés, fatigués, mais présents. Son frère, admirable, il se dévoue dans toutes les situations. Ses amis aussi.

J'avais lu quelque part que la littérature l'avait beaucoup aidé, "une assistance respiratoire". Philippe Lançon vénère Proust, aime la peinture, la musique, j'ai admiré sa culture, pas un vernis, une vraie culture. Il partait toujours au bloc opératoire avec son crayon, son ardoise et "Lettre à Milena" de Kafka, avant une opération vous attendez, le chariot dans un coin, antichambre du bloc, Proust n'avait pas assez souffert pour comprendre.
Combien d'anesthésies ? Combien d'opérations ? 

J'ai apprécié sa façon de décrire le monde de l'hôpital, ce monde que nous finissons par chérir parce qu'il nous protège, les soignants, "notre chirurgien(ne)" leur dévouement. J'ai passé vingt jours à l'hôpital, j'étais heureuse de sortir et en même temps inquiète, ils nous sauvent mais nous poussent dehors lorsqu'il est temps. Il décrit tellement bien sa chirurgienne Chloé, il partage avec elle le même amour pour les livres, la musique, la peinture, ils correspondent par mails mais elle reste toujours celle qui l'opère, prend de la distance.
"Vous devez comprendre, Monsieur Lançon,Chloè a besoin de prendre de la distance. Elle vous suit de très près, mais elle s'est beaucoup investie, comme nous tous, et elle en paie sans doute le prix. Elle a pris sur elle, ce qu'on appelle le mal du patient. Elle doit s'en débarrasser"

Il ne cache pas ses peurs, la peur de l'extérieur, peur de la vie de l'homme qu'il était "avant", l'homme avait changé. Ses impatiences envers Gabriela, la femme qu'il aime et qui pourtant l'agace, des dialogues qui finissent en disputes, lui avec son crayon, elle criant et gesticulant. Ils s'aiment mais ne se comprennent plus. La douceur de Marilyn, la passion ayant laissé la place à la tendresse, c'est plus facile pour elle. 
Je n'ai jamais rien lu d'Houellebecq, je n'ai pas envie mais les lignes écrites sur cet écrivain sont savoureuses. La une.
"Luz, en retard ce matin-là l'avait dessiné. On voyait Houellebecq en demi-clochard blafard et allumé, clope à la main, nez d'ivrogne et bonnet étoilé sur la tête, genre lendemain de fête trop et mal arrosée. Au-dessus, cette inscription : "Les prédictions du mage Houellebecq". Au-dessous, les prédictions :"En 2015, je perds mes dents...En 2022, je fais ramadan !"

Un portrait de Laurent Joffrin, celui de F.Hollande qui lui rend visite, plus attirant en vrai que sur les photos, il lorgne la chirurgienne et lui dira plus tard "Vous avez revu votre chirurgienne" "Oui" "Vous avez de la chance".

Des phrases magnifiques sur ses parents, ses grands-parents, son enfance. 

Philippe Lançon se met vraiment à nu, dans toute sa vérité, ce qui rend le livre sincère, inoubliable. Un grand journaliste et un grand écrivain.

Inutile de vous dire que j'ai adoré cette lecture, lisez-le, sinon vous risquez de passer à côté d'un livre magistral. 

Bye MClaire.





jeudi 10 mai 2018

"J'ai perdu Albert" Didier van Cauwelaert.






















Un de mes écrivains préférés. J'ai eu la chance de le rencontrer et de l'écouter au Salon du livre-Vannes. L'oeil bleu, petit sourire en coin, il présentait un de ses livres et se pliait de bonne grâce à la demande des autographes. 
Je regardais la liste des auteurs invités au salon 2018, il n'y est pas.
J'allais acheter son dernier bouquin "J'ai perdu Albert" Michelle m'avait devancée "C'est amusant, tu verras"
En effet, amusant, un peu loufoque mais aussi très instructif, je ne suis pas passionnée par Einstein, loin de là, la physique n'est pas le sujet qui m'intéresse,  mais j'ai beaucoup appris d'une manière ludique. 

L'histoire :

"Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien"

Chloé est sollicitée par tous les grands de ce monde, politiques, généraux etc. pour leur prédire l'avenir et leur donner des renseignements précis sur les endroits stratégiques de la planète, elle ne se trompe jamais, elle est belle, riche, sûre d'elle, mais un jour arrive ce qu'elle n'envisageait pas, plus rien, elle ne ressent plus rien, ne devine rien, la panne..Albert semble ne pas vouloir coopérer, Albert Einstein bien sûr, il squatte le corps de Chloé depuis longtemps, 25 années de coopération, une rupture inenvisageable pour Chloé, il faut absolument qu'elle retrouve Albert ou plutôt qu'elle récupère Albert qui s'est réfugié chez Zac, un apiculteur désargenté qui ne comprend pas pourquoi ses abeilles meurent, Zac veut chasser ce squatteur et n'y parvient pas, Albert va t-il trouver une solution à ce problème très grave, la survie de l'humanité dépend des abeilles, c'est Einstein qui a dit :
"Le jour où les abeilles disparaîtront, l'homme n'aura plus que quatre années à vivre". Plus de pollinisation, plus de fruits et légumes, ce n'est pas de la fiction, qu'on se le dise.

Évidemment, la rencontre entre Chloé et Zac n'est pas un hasard, Albert a tout combiné..
Un trio, Chloé, Zac, Albert, chaque personnage a droit à des chapitres.

J'ai aimé l'admiration de l'auteur pour Einstein, il semble tout connaître de ses travaux, de sa vie privée, de ses peines, des trahisons dont il a été victime, j'ai beaucoup appris sur ce génie, Einstein pour la plupart d'entre nous est ce savant qui s'amuse à tirer la langue à l'humanité toute entière, l'inventeur de la formule qui a permis malheureusement de fabriquer la bombe atomique.
Pour l'auteur, Einstein est revenu parmi les hommes pour enfin terminer ses travaux et rectifier des erreurs, son premier choix a été Chloé en lui donnant le don de voyance, ce qui lui permet de faire passer son message.
Puis il y a eu Zac, amoureux comme lui des abeilles et....

J'ai aimé l'histoire d'amour entre une femme qui possède tout et cet apiculteur qui ne possède rien.

Didier Van Cauwelaert croit-il aux transmissions de pensées? Certainement. "Einstein, de son vivant, était aussi passionné par ces déformations de l'espace-temps que par le devenir des abeilles.." Réalité, fiction..

J'ai aimé lire ce roman qui va être adapté ou qui est déjà adapté pour le cinéma. Un très bon moment de lecture.

Bye MClaire.



jeudi 3 mai 2018

"Vers la beauté" David Foenkinos.




Jeanne Hébuterne- Modigliani. Elle s'est défenestrée après la mort du peintre, elle avait 22 ans.

Je pense avoir pratiquement lu tous les livres publiés par l'auteur, il écrit depuis 16 ans, j'ai aussi vu les films tirés de ses romans. J'aime sa légèreté, son style, ses histoires et l'homme semble sympathique lorsqu'il passe à la télé.
Je n'allais pas passer à côté de son dernier roman "Vers la beauté".
Complètement différent des autres, coïncidence, je l'ai lu au moment où la fiction rejoignait la réalité, une enfant assassinée après un viol, le violeur marié, la femme injuriée, des parents qui ne comprenaient pas, des voisins qui ne soupçonnaient pas, dans le livre ce sont des enseignants, tout correspondait. J'avais le coeur serré, je ressentais un profond malaise. A mes yeux, le livre est magnifique, poignant.

L'histoire : Antoine Duris, professeur apprécié aux Beaux-Arts de Lyon, décide du jour au lendemain de quitter son poste, il postule pour être gardien de salle au musée d'Orsay. Sa passion pour Modigliani n'est pas la seule cause de ce désir qui apparaît bizarre aux yeux de la DRH Mathilde Mattel. Il veut disparaître aux yeux de tous, sa famille, ses amis, personne ne pourra le joindre, il abandonne son portable, loue un studio meublé, charges comprises, il n'est pas abonné, son nom n'apparaît pas chez les distributeurs d'eau et électricité. Il pense pouvoir disparaître..chasser sa mélancolie, oublier. Qui remarque un gardien de musée? Il est transparent aux yeux des visiteurs.
Mathilde finira par comprendre son choix, elle l'aidera... Il y a bien sûr une rupture avec Louise, 7 ans de vie commune, elle est partie, mais il y a autre chose de plus grave, il y a Camille, élève douée, qui porte un lourd secret, Antoine n'a pas compris la désespérance de Camille. Je vous laisse lire la suite..

Tellement surprise de lire un autre David Foenkinos, plus grave, il y avait eu "Charlotte", mais "Vers la beauté" est vraiment différent. La deuxième partie du livre est bouleversante, l'auteur a une sensibilité féminine, les mots sont bien choisis, les sentiments bien exprimés, les souillures, la culpabilité de la victime, le mal de vivre après un acte aussi ignoble. Comment se reconstruire? Une vie peut-elle être réparée au contact de la beauté?

"les tristesses s’oublient avec Botticelli, les peurs s’atténuent avec Rembrandt, et les chagrins se réduisent avec Chagall".

Et il y a l'art, la peinture, l'auteur suscite l'envie d'aller dans un musée, je connais les peintres, leurs oeuvres mais je ne saurais pas commenter un tableau, je regarde sans comprendre les détails "C'est beau". Point.  Antoine contemple un tableau, sa beauté, il comprend ce que le peintre a voulu transmettre, cela lui permet d'oublier la laideur du monde, il parle à Jeanne Hébuterne. J'ai aimé Antoine, homme fragile.

Lisez ce roman, il se lit très vite, je n'avais pas envie de le poser.. L'avis sera t-il différent venant d'un lecteur plutôt que d'une lectrice? Peut-être. Juste une chose, il faut raconter, la parole libère celui ou celle qui a subi le pire, morale du livre.

Bye MClaire.




jeudi 26 avril 2018

Laurent Gounelle "Et tu trouveras le trésor qui dort en toi"



J'ai lu trois livres de cet auteur, ils doivent être sur une étagère, j'aimais puisque j'ai acheté les trois, je n'ai pas hésité une seconde lorsque celui-ci est sorti en poche. Ai-je aimé? Oui et non. Je l'ai lu jusqu'à la dernière page, des passages m'intéressaient et d'autres pas du tout. Ce n'est pas tout à fait un roman, plutôt un essai et à mon avis Frédéric Lenoir est meilleur dans ce genre d'exercice.

L'histoire :

Alice est cadre dans une importante agence de conseils. Elle travaille beaucoup, un mari avocat, un fils et un père veuf qui habite à Cluny, elle lui rend fréquemment visite et rencontre pendant ses séjours, son ami d'enfance Jérémie, prêtre de la paroisse. Alice est athée, ne fréquente jamais l'église.
Une église de plus en plus déserte, désespoir de Jérémie, il déprime un peu et Alice va se faire un devoir de lui redonner le sourire en cherchant des moyens pour faire revenir les habitants dans cette magnifique église de Cluny. Après tout, c'est son métier. Comment va t-elle y arriver?
Elle achète la Bible et étudie les textes, elle voudra aussi comprendre la taoïsme, comparer le Tao-te-king de Lao-Tseu et la Bible, les paroles de Jésus et celles de Lao Tseu, les paroles sont à certains moments complètement similaires..
Elle convaincra Jérémie d'assister à un séminaire de Toby Collins, un homme qu'elle connaît et qui essaie de faire prendre conscience aux gens qui sont là que le bonheur peut se trouver en changeant la façon d'aborder les problèmes et en retrouvant l'estime de soi. Apprendre à s'aimer.

Je n'en dis pas plus.

Ce que j'ai aimé et ce que je n'ai pas aimé :

La différence entre les différentes religions, lire ce que je savais déjà, le christianisme tel que nous le vivons à notre époque n'est pas exactement ce que Jésus prêchait, au fil des siècles l'Eglise a déformé les paroles. Les remords, le péché, des paroles passées sous silence par les religieux au fil des siècles. Les églises se vident.
J'ai aimé le chapitre qui décrit la rencontre entre Alice et Duvernet spécialiste des spiritualités orientales. Chapitre très intéressant.
"Jésus parlait araméen et, des années plus tard, ses apôtres ont rapporté ses paroles en écrivant les Evangiles. Sauf qu'ils les ont écrits en grec ancien, donc en traduisant de l'araméen vers le grec les paroles prononcées par Jésus. On a ensuite traduit le grec ancien vers nos langues modernes. Aujourd'hui, plusieurs spécialistes en langues anciennes pensent que le mot employé par Jésus et traduit par "péché" n'évoquait pas une offense à l'égard de Dieu, mais une erreur, un comportement inapproprié, ce qui n'a rien à voir.."

Laurent Gounelle est avant tout un philosophe, il ne cherche pas à nous convaincre mais essaie de nous faire comprendre qu'il faut donner un sens à sa vie, se débarrasser de son ego.

Je n'ai pas aimé certaines phrases, lues ici et là dans d'autres bouquins de ce genre, Laurent Gounelle transforme avec rapidité Alice athée en une Alice qui devient une spécialiste des religions, je pense qu'il doit falloir des années d'études des religions pour pouvoir prétendre au rôle de guide ! Jérémie est sans saveur. Les bigotes et la bourgeoise qui fréquentent l'église avec assiduité sont un peu caricaturales et n'ont pas du tout l'esprit chrétien.

Mon avis, nous ne pouvons pas lire ce bouquin avec les mêmes idées, selon nos croyances, athée il deviendra très vite un peu agaçant, croyante il peut intéresser.
L'écriture est fluide, un brin d'humour mais qu'un brin.


Bye MClaire.





jeudi 19 avril 2018

Asli Erdogan "L'homme coquillage"



Asli Erdogan est turque. Opposante au régime, elle défend les minorités kurdes, emprisonnée pendant quelques mois, elle a été relâchée mais pas disculpée, elle risque toujours l'emprisonnement à perpétuité. Pour l'instant, elle vit à Francfort, son passeport est confisqué. Elle a fait des études de physicienne à Genèvre, mais sa passion reste l'écriture. 

J'ai lu ce livre troublant, une chose me gênait, j'avais fréquemment l'impression de lire un texte très appliqué, des mots choisis qui n'arrivaient pas à m'émouvoir. Cela manquait de spontanéité, les défauts d'un premier roman.
En recherchant sur internet j'ai compris pourquoi, c'était son premier roman écrit en 1993, traduit en 2017, elle a écrit quelques livres plus tard.
"L'homme coquillage" est en partie autobiographique.

L'histoire -

Un séminaire pour physiciens est organisé sur une île des Caraibes. Elle y participe sans grand enthousiasme.
Elle partage sa chambre avec Maya, une amie célibataire.
Les deux femmes se font très vite remarquées, les physiciens ne plaisantent pas, ils sont ennuyeux, centrés sur leurs recherches.
Il fait chaud, très chaud, la mer est là, tout près, la tentation est grande. Elle sèche quelques cours, visite les alentours et rencontrera Tony, l'homme coquillage, il est laid, effrayant, il porte un béret jamaïquain, deux colliers, deux coquillages, son moyen de subsistance est la pêche des coquillages qu'il revend aux touristes. Très vite s'établira entre eux une complicité, ils se reconnaissent, ont-ils subi les mêmes traumatismes? Les cicatrices de Tony sont physiques et psychiques, comme chez l'héroïne du roman. L'histoire de deux solitudes. Tous les deux sont des opprimés.
La chaleur des tropiques, la danse corps contre corps, les balancements des corps, tout à l'odeur du sexe; Ce voyage sur cette île va t-il lui permettre de se reconnecter avec la vie, d'aimer à nouveau? Cet immense amour platonique qu'elle porte à Tony va t-il l'aider?
Vous aurez peut être envie de lire ce roman, je n'en dis pas plus.

J'ai aimé la description de l'île, ce qui de loin nous semble paradisiaque ne l'est pas autant que nous le pensons. La violence, les trafics, tout ce qui permet à la population des ghettos de vivre. Les hôtels de luxe sont tout près. 
La narratrice passe de l'exaltation à la lassitude de vivre, Elle a dû beaucoup souffrir, son enfance et sa vie de jeune femme ont été marquées par la violence, la vie en Turquie est difficile pour les femmes. L'enfance est l'élément fondateur d'une vie, nous sommes à jamais marqués par l'enfance.
Tony offrira un de ses coquillages, Tony n'était pas un intellectuel mais il savait mieux qu'un autre sentir le désespoir de l'autre. J'ai aimé le personnage de Tony, c'est lui que je trouvais le plus émouvant.

Je n'ai pas lu d'autres livres de cette écrivaine, un jour peut être...

Bye MClaire.








mardi 10 avril 2018

Grégoire Delacourt "La femme qui ne vieillissait pas"



J'ai eu la chance de rencontrer Grégoire Delacourt à l'occasion du salon du livre à Vannes. Sympathique, accessible, je lui avais dit que j'avais un peu moins aimé son dernier livre "Danser au bord de l'abîme" ou plutôt quelques passages de ce livre, il savait, il comprenait et avait répondu qu'il reverrait sa copie pour la sortie en livre de poche, si une autre rencontre se présentait, je pourrais lui dire "J'a adoré votre dernier roman".
Ce livre raconte le temps qui passe ou plutôt qui ne passe pas sur le visage d'une femme, Martine, à partir de ses trente ans elle ne vieillit plus, son allure reste la même, sa peau ne flétrit pas, aucune ride. Pour de nombreuses femmes ce serait un bonheur, le rêve, pour Martine, à partir d'un certain moment de sa vie ce sera un cauchemar.
"La vieillesse est une victoire"

L'histoire :

Martine est née dans le Nord dans les années 50, un père handicapé, il est rentré de la guerre d'Algérie avec une jambe en moins, une maman pleine de charme qui veut profiter de sa jeunesse, souvent seule, avec des amies ou des amis, loin de ce mari qui est quelquefois violent après avoir bu, il supporte mal son infirmité, la petite fille observe ce couple, sa maman est sa princesse, elle apprend à différencier les moments où son père est celui qui lui raconte des contes et ceux où il devient colérique. Un jour, sa maman ne rentrera pas, renversée par une voiture en dansant sur la chaussée après avoir vu un film "Une homme et une femme", la petite fille devra apprendre la vie seule.

L'auteur nous raconte toutes les étapes de la vie de Martine (Betty), il y aura la rencontre avec André, l'homme qui sera l'amour de sa vie, mais il y aura aussi ce qui sera pour elle une malédiction, elle ne vieillira pas, toutes les photos prises par Fabrice photographe et fiancé d'Odette sa meilleure amie, la montrent inaltérable, trente ans, quarante ans, cinquante ans, soixante ans, rien ne change. André change, leur fils Sébastien aussi, Martine qui se fait appeler Betty reste la même. Odette vieillit. elle ne peut pas arrêter le temps qui passe, elle livrera son corps à la chirurgie esthétique...

Ce que j'ai aimé :

Des passages "Je désirais une histoire simple, une de celles qui ne font pas les livres mais la vie ; je rêvais de paix et de temps, je rêvais de lenteur, je voulais grandir encore, m'épanouir auprès d'un compagnon comme à l'ombre tiède d'un arbre, je voulais des enfants, des odeurs de chocolat chaud, des toises plus tard aux chambranles des portes des chambres, des dessins maladroits ; je voulais vieillir auprès d'un homme bon, patient, et puis un jour être grand-mère, devenir ces deux petits vieux que l'on croise parfois dans un parc, sur un banc, qui se tiennent la main et dont les beautés ont déteint l'une sur l'autre..."
J'ai aimé l'amour qui unit ce couple.
J'ai aimé André, un homme de la terre qui a appris à connaître le bois, à travailler le bois jusqu'à la perfection. Un homme vrai.

J'ai aimé "On peut mentir aux autres ; à soi c'est plus difficile"

"Il faut que les choses meurent pour que nous ayons la certitude de les avoir possédées"

Les passages sans concession sur la chirurgie esthétique
"La chirurgie était une drogue, un espoir sans fin, après le visage, les lèvres, après les lèvres, les paupières, après les paupières, les seins, après les seins, le ventre, après le ventre, les genoux, et le temps passe et on recommence pour faire passer le temps, on se voit de plus en plus jeune et belle, de plus en plus parfaite, alors qu'on est vue comme une misère"

J'ai aimé le personnage de Françoise, celle qui prendra la place de la maman de Betty (Martine), sa patience, son amour sans faille pour un homme qui finira par confondre Betty et Paule, celle qui s'est fait renverser en dansant sur la chaussée, après avoir vu J.L Trintignant et Anouk Aimée danser après leurs retrouvailles.

"La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps (...°
Et c'est son coeur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure."  Georges Moustaki  Cité dans le roman.

Je ne peux que vous recommander ce livre qui se lit trop vite.

J'avais lu juste avant celui-ci, le dernier bouquin d'Eric-Emmanuel Schmitt, 119 pages pour nous raconter ses leçons de piano avec Madame Pylinska, j'ai aimé, toujours plein de sensibilité, j'ai souri.
Je sais, j'emploie souvent le mot AIMER, mais il n'y en a pas d'autres à mon avis, c'est le plus beau.

Bye MClaire.

mercredi 4 avril 2018

"Par-delà les apparences" Folco Chevallier.









J'ai eu envie d'acheter ce bouquin en découvrant la couverture, le Golden Gate Bridge de San-Francisco, un homme et une femme suspendus à deux lettres du titre le C et le E, c'était original, original comme le bouquin.
Des chapitres courts, une écriture fluide.
Il ne sera pas inoubliable mais je l'ai lu avec plaisir, deuxième roman de l'auteur, l'écriture est pour lui un second métier, il est le pionnier de l'Internet en France et spécialiste de l'écriture numérique.

Un homme, Léopold, a grimpé sur une poutrelle métallique du pont, il se tient à un filin à soixante-sept mètres de hauteur, il cherche désespérément qui peut le retenir de sauter, aucun nom ne lui vient à l'esprit, il est seul, très seul, Léopold est un génie de la Silicon Valley, milliardaire, il a levé des fonds pour dévoiler aux actionnaires sa dernière découverte.
Il saute et sera sauvé dans un état critique, il aura besoin d'un coeur.

Il neige, grosse tempête sur New-York, sortir expose à de graves dangers. Laura Della chanteuse adulée ne tient pas compte des avertissements, elle sort, trouve un taxi jaune qui a beaucoup de mal à trouver son chemin, deux phares surgissent sur leur gauche, le taxi glisse, les deux véhicules se heurtent, s'élèvent brutalement de plusieurs mètres. Laura Della sombre dans le coma, elle sera sauvée.

Léopold a perdu la mémoire, il ne se souvient pas de sa vie, mais lit sur les journaux ce qu'il a été, "un sacré connard", un fieffé salaud. Nouveau coeur mais plus de souvenirs. 

Laura essaie de rechanter mais son coeur n'arrête pas de faire poum-poum-poum, celui de Léopold aussi. La cause ?

La villa de Léopold hi-tech n'a pas de porte d'entrée, la baie vitrée obéit à la voix, cet endroit détient le secret de Léopold, un cube, la prochaine révolution technologique, Eve habite le cube, privée de sentiments, Eve pourra tout faire, remplacera les hommes, en médecine, dans la recherche, sera disponible sept jours sur sept sans jamais se lasser. Intelligence artificielle..

Evidemment, Laura et Léopold se rencontreront ... Vous découvrirez la suite..

Une romance, de l'amour, du suspense, le monde de la technologie qui sera peut être pour demain, un monde où tout semble possible. A la fin qui triomphera? Sept jours pour reprendre le contrôle de leur vie...

J'arrivais à la fin du livre, je l'ai posé en disant à Christian "J'ai bien aimé, mais la fin est bizarre, le roman semble inachevé" En effet, je pensais que les deux ou trois pages à lire étaient des pages de remerciements, écrites en italique, je n'avais pas lu EPILOGUE, zappé. Le lendemain, j'ai rouvert le bouquin, je n'avais peut être pas tout compris, bien sûr, il manquait l'épilogue, j'ai lu et beaucoup mieux compris..

Vous pouvez le lire si l'occasion se présente. Le monde qui se profile avec les robots est inquiétant, quelle sera la place de l'homme dans cette société?

Bye MClaire.